Culture

Le mellah : Une ode à la paix au coeur de la médina

Par: Majda FADILI  

CULTURE Au-delà de son côté populaire et chaleureux, la médina renferme des richesses historiques qui font son charme et perpétuent son authenticité. Le mellah fait partie de cet héritage culturel et demeure un symbole fort du vivre ensemble. Quel est donc l’origine de ce quartier qui continue de charmer touristes et locaux ?

Le mellah est communément connu comme le quartier dédié à la communauté de confession juive. Le terme mellah est dérivé du mot “milh” qui veut dire sel en arabe et en hébreu. L’origine de l'appellation de cette partie de la ville demeure équivoque et présente plusieurs interprétations dont celle de la légende urbaine avançant que la population juive était forcée de saler les têtes des rebelles pour l'exposition publique.

Il était une fois le mellah
Le mellah de Marrakech fut construit en 1558 sous le règne de Moulay Abdallah. Le sultan saâdien a offert à la population juive fuyant l’Espagne, un quartier sécurisé, au coeur de la médina, tout en profitant de leur talent d’artisan en contrepartie.
Cette vielle partie de la ville, fermée à clé jadis le soir, bénéficie d’une disposition architecturale cloisonnée. Sur une surface de 18 hectares, maisons à balcons et échoppes se côtoient dans les étroites ruelles, le tout, encerclé des hauts murs qui séparaient les communautés juive et musulmanes tout en leur laissant une libre circulation. Aujourd’hui et malgré le départ de la quasi-totalité des familles juives, le mellah a su préserver son effervescence grâce aux nombreuses activités et métiers qui ont perduré au fil des siècles.

La caverne d’Ali baba
Le mellah est sans doute l’endroit idéal pour dénicher des pièces rares ou faire de bonnes affaires, à condition d’être un as de la négociation. Ainsi, le quartier regorge de divers commerces :
- La Place des Ferblantiers : Cette rue piétonne située entre le Palais Badii et le Palais Bahia doit son nom aux ateliers de ferblanterie, l’artisanat d’outils en fer blanc, autrefois tenu par les artisans juifs. Aujourd’hui, on y trouve des verriers, ferronniers et ferblantiers.

- L’allée des bijoutiers : Plus connue sous le nom “Kyssaria”, cet espace agencé en deux galeries décline l’or sous formes diverses et bijoux, du pendentif main de Fatma à la ceinture clinquante de mariée. Une criée a lieu, chaque jour, à partir de 16h30.

- Le grand souk des épices : On se laisse facilement guider par les effluves d’épices exposées en cônes. Ras-el-hanout, paprika, canelle, cumin et safran offrent un mélange subtile de couleurs et de senteurs. Des prix raisonnables et une fraîcheur inégalée, ce souk présente plus d’un atout pour séduire les touristes et les locaux.

- Le marché des tissus : Il y en a pour tous les goûts ! Les boutiques proposent un large choix de tissus aux divers matières, couleurs et motifs. À des prix abordables, les marchands suggèrent également un service couturier pour la confection des coussins, vêtements traditionnels, rideaux, etc.

Loin du cliché du ghetto, le mellah a toujours gardé une ouverture sur le reste de la ville permettant ainsi la rencontre des communautés juive et musulmane dans un esprit de tolérance. Aujourd’hui, la majorité des familles juives ont quitté le quartier laissant derrière elles un héritage culturel et humain, encré dans l’histoire de la ville ocre.

Photos : DR