Tourisme et voyage, Culture

Le guerrab : chapeau rond et gourde de cuir

Par: Majda FADILI  

CULTURE, A SAVOIR En arrivant sur la place Jemaa el Fna du côté de la Koutoubia, on ne peut qu’être interpellé au loin par des silhouettes d’un rouge clinquant émettant un son de clochette : les guerrabas ne passent pas inaperçus. Célèbre personnage de la culture populaire marocaine, le porteur d’eau transporte également une histoire touchante, celle d’un métier noble qui a su résister au modernisme qui l’entoure.

Le guerrab arbore un chapeau en paille orné de pompons de toutes les couleurs et porte en bandoulière une gourde en peau de chèvre et un sac décoré de pièces anciennes. Sourire aux lèvres et tenue originale, ces hommes au visage marqué par le temps sillonnent la place en vous proposant un verre d’eau moyennant quelques dirhams. Ce métier typiquement marocain remonte à plusieurs années en arrière : “Avant l’arrivée de l’eau courante, le guerrab transportait l’eau du puit chez l’habitant, mais l’acheminement de l’eau par les canalisations a bouleversé les habitudes des marocains. Depuis, le guerrab étanche la soif des passants et les gratifie de quelques bénédictions.”, nous explique omar zengaoui, guerrab sur la Place Jemaa el Fna depuis 1980. Concernant sa tenue, ce secrétaire de l’association des guerrabas avance sa propore version : “L’origine de l’habit du guerrab est un vrai mystère. Toutefois, les 26 guerrabas de Marrakech assimilent la couleur flamboyante de leur tenue à la périphrase : ville rouge.”.

Un métier en voie de disparition ?
Il est 15h, Omar est déjà sur la place et on ne voit que lui ! Questionné sur la rentabilité de son activité, ce marrakchi de 60 ans nous répond : “Je n’ai pas hérité cette profession de père en fils, j’exerce ce métier que je trouve respectable, afin de répondre aux besoins de ma famille. Je ne dispose pas d’un salaire, je gagne ma vie en fonction de la générosité des gens, la baraka !". Jadis, les hommes en rouge faisaient retentir leur nakous (cloche) dans les marchés et les souks de la ville pour interpeller les commerçants assoiffés. Depuis, les bouteilles en plastique ont fait leur apparition faisant petit à petit disparaître ces moments ou l’on arrêtait le guerrab pour se rafraîchir, “L’arrivée de l’eau minérale en bouteille a été un véritable coup de massue pour nous, on a vu nos gains journaliers dégringoler, il fallait trouver une autre alternative pour gagner sa vie.”, nous confie Omar.

Aujourd’hui, ces distributeurs d’eau et de joie de vivre égayent les photos souvenirs des touristes par leurs couleurs chatoyantes et leur sourire et se font même solliciter par des stars : “Plusieurs célébrités de passage par la place nous demande si l’on veut bien poser avec eux, les rôles s'inversent le temps d’une photo !”, ajoute Omar d’un air amusé.

Photo : Riachuelo