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Abdellah Taïa, l enfant terrible de la littérature marocaine

Abdellah Taïa, l'enfant terrible de la littérature marocaine

Publié le 2 mars 2010  |  People

INTERVIEWS A 36 ans, Abdellah Taïa est un des écrivains marocains les plus talentueux de sa génération. Son dernier livre, Lettres à un jeune marocain, se veut un vecteur d'espoir et de changement pour la jeunesse de son pays, trop souvent laissée pour compte. L'exemple d'un engagement généreux que beaucoup d'intellectuels gagneraient à suivre.

- Prénom, âge, profession ?

Abdellah, 36 ans, Écrivain.

- Racontez nous votre parcours ?

J'ai vécu à Salé jusqu'à l'âge de 25 ans. J'ai tout appris à Salé. J'ai tout compris du monde à Salé. Mes parents viennent de Tadla mais je me sens comme un Slaoui pur et dur. Un peu fou aussi, comme tous les Slaouis. Je resterai toujours fidèle à l'univers magique et un peu bizarre de cette ville. Je l'écrirai toujours.

- Comment vous est venue l'envie d'écrire ?

Je rêvais de cinéma. Je voulais transformer le monde, les histoires de mon monde pauvre, en films. J'ai commencé à le faire dans ma tête très tôt, vers l'âge de 13 ans. Aujourd'hui, j'écris des livres qui ont un goût et une structure cinématographiques.

- Quels sont vos liens avec Marrakech ?

J'ai vécu dans cette ville une partie de ma première histoire d'amour en tant qu'adulte. Un amour fou et possessif. Heureux, malgré tout. Ocre rouge grâce à Marrakech. Un amour dans la transgression. C'était en 1996.

- Aujourd'hui écrivain, comment qualifiez-vous votre écriture ?

J'écris des fragments, des bouts, des sons, des cris. J'écris à travers moi, en partant de moi : toujours. J'écris dans un français très influencé par la langue arabe marocaine.

- Quels artistes vous ont marqués ou vous fascinent ?

Isabelle Adjani. Isabelle Adjani. Isabelle Adjani.... Salah Abou Seif. Michael Powell. Souad Hosni. Hocine Slaoui... Marcel Proust. Fernando Pessoa. Francis Bacon...

- La sexualité est un thème récurrent dans vos Ïuvres. Comment l'expliquez vous ?

Le Maroc est un pays où, malgré l'épouvantable hypocrisie sociale qui emprisonne et même tue l'individu, il y a une certaine liberté. Liberté cachée bien sûr. Notamment dans les pratiques sexuelles. Parler, écrire le Maroc, c'est aussi dire cette dimension-là, le sexe hétérosexuel comme homosexuel.

- Qu'est ce qui vous inspire en général ?

Les films. La vie. La vie surtout. Ma vie. Ce qui passe devant moi et ce que cela produit en moi. L'art est toujours connecté à la vie de maintenant. Il a le devoir de parler de nous, de moi, dans la vie d'aujourd'hui. Parler avec un regard critique, un regard tendre, un regard violent.

- L'art en général et l'écriture en particulier a-t-il évolué au Maroc ces dernières années ?

Un peu, un petit peu. Mais nous n'avons pas assez d'écrivains. Les Marocains n'achètent pas les livres. Le gouvernement ne fait rien pour que cela change. Quant aux intellectuels, ils continuent de dormir. C'est malheureux. Très malheureux.

- Qu'aimez-vous le plus à Marrakech ?

Deux choses. D'abord les Sept Saints de Marrakech. Je ne les ai pas encore tous visités : je le ferai, je le ferai un jour pour avoir la bénédiction, comme on dit (le concept de la Baraka est très très beau au Maroc : il faudra lui rendre justice, le "défolkloriser" enfin). Ensuite la formidable école de cinéma, l'ESAV, créée par Vincent Melilli. Ce lieu d'apprentissage et d'échange est un rêve. Un magnifique rêve.

- Qu'aimez-vous le moins à Marrakech ?

Je n'aime pas qu'on chasse les Marrakchis du centre-ville. Je suis pour le changement mais je n'aime pas qu'on change l'esprit de cette ville en quelque chose de superficiel, de fashion...

- Avez-vous une anecdote à nous raconter sur Marrakech ?

Plutôt une autre admiration à déclarer : mon admiration pour le poète marocain populaire Mohamed Ben Brahim (mort en 1954), connu aussi comme le poète de la Ville Rouge. Il était libre, jouisseur, un transgresseur fabuleux. Il a dit le Maroc d'une manière sublime et populaire, dans une langue arabe merveilleuse. Il nous manque aujourd'hui au Maroc un poète de cette trempe-là.

- Quelle est votre actualité littéraire ?

Je viens de publier "Lettres à un jeune marocain" (Ed. du Seuil). Grâce au soutien de Pierre Bergé, 90 000 exemplaires de ce livre (en arabe et en français) on été distribués gratuitement au Maroc avec les revues "Tel Quel " et "Nichane". C'est un livre collectif où, entre autres, trois jeunes écrivains publient pour la première fois des textes. Un livre pour établir un lien tendre et critique avec le jeune marocain qu'on ne cesse d'ignorer, d'abandonner.

- Quels sont vos projets ?

Je rêve de Jean Genet en ce moment. On va célébrer cette année l'anniversaire des 100 ans de sa naissance.

Commentaire posté le 5 mars 2010 par ayat jamel

c'est kan le bonheur ?

Commentaire posté le 3 mars 2010 par riadbamaga

merci pour ces "Lettres à un jeune marocain" qui disent avec une telle délicatesse le mal de la jeunesse. en tant que français résidents, nous sommes remplis d'admiration et d'humilité devant le peuple marocain, qui avance, qui avance.. merci. Colette