La sélection des films cette année est dure. Des films sans trop d'espoir sur fond de désespoir lancinant, mais pour certains, ils sont de très bonne facture.


Il y a des films qui vont donnent envie de vivre et d’autres où vous réalisez tout le bonheur que vous avez à respirer encore et humer à pleins poumons toutes les facettes de l’existence aussi bine les belles que les plus douloureuses. Pour cette édition du FIFM, il faut dire que l’on n’a pas été du dot de la cuiller pour l’émotion. On a pleuré, on a rit et on a surtout vécu la douleur des autres. Celle qui nous renvoie immanquablement à la nôtre. Non pas que cette sélection soit mauvaise, loin s’en faut. Elle est même gorgée de films chocs sur la réalité du monde, ce qui est déjà un énorme point pour les organisateurs du festival. Alors de quelle douleur parle-t-on ? D’abord le film Finlandais Paha Maa. Un véritable coup de poing dans la gueule. Le film porte bien son nom : Frozen Land, la terre du froid. froid du coeur, froid de l’âme, froid du vide, froid des espaces infinis de la perdition, froid des autres qui ne peuvent vous apporter ce peu de chaleur humaine pour la caler entre deux serrements de dents face à la rage du monde et la folie des hommes. Frozen land est une succession de catastrophes humaines qui font chuter les personnages chacun dans son propre cercle de l’enfer avec cette constance que les êtres quand ils chutent, ils entraînent avec eux ceux qui gravitent dans leur sillage. Tout part d’un faux billet de 500 euros qui ouvre la ronde de la cruauté et de la vacuité des existences disparates d’une bande de désespérés à qui la vie refuse tout, même le dernier ouf de soulagement face au vide la mort. Entre celui qui perd son travail et se voit obligé de tout brader, l’autre alcoolique qui pense s’en tirer sans trop de conviction, le jeune toxicomane qui joue son va-tout face à la mort et une jeune bourgeoise en mal de repères, c’est l’absurdité des uns qui vient épouser la folie des autres et le film tourne en boucle de fracas en fracas comme des particules essaimées de vies brisées par l’inanité de tout. Film noir, lourd, puissant, enragé sur l’impossibilité d’être. Un grand moment de choc où le cinéma n’est qu’un prétexte pour dire la misère des hommes ? Il y a aussi Alex, l’histoire d’une femme perdue et marginale qui encaisse la vie comme un boxeur encaisse les coups : les poings serrés, la gorge nouée. Son mal de vivre se discerne dans la rudesse de son comportement et dans son impossibilité à être avec les autres. Et la richesse du film se trouve dans son pouvoir d’évocation. Jamais l’état d’Alex n’est expliqué ou argumenté. Elle est présentée telle qu’elle, dans le présent, et chacun pourra lui inventer un passé, un futur, une histoire. A l’inverse des films formatés et prédigérés qui se bousculent sur les toiles, Alex laisse la place au spectateur d’exister, de poser une réflexion et d’interpréter les choses à sa manière. Pourquoi cette femme a-t-elle un tel mal de vivre ? Pourquoi n’accepte-t-elle pas de tomber amoureuse ? Pourquoi essaye-t-elle brusquement de récupérer un fils qu’elle a abandonné à la naissance ? Tout ce qu’on sait avec certitude, c’est qu’elle mène un puissant combat intérieur afin de se reconstruire (à l’image de la maison qu’elle retape), pour pouvoir enfin avoir accès au bonheur. Et le reste est sur la même ligné Chinaman, A Golpes et Saratan, tous avec cette constance de l’impossibilité comme si le monde se dérobait au désir des uns et à la volonté des autres. Mais quoi que l’on puisse dire, ce festival donne un sens au cinéma sérieux, un cinéma sans fard, un cinéma qui se penche sur la vie pour lui donner un sens, mais dans le désespoir.
Najib Abdelhak

  | Le 20 Août 08 à 02h08






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