D’abord un grand moment d’enthousiasme lorsque Martin Scorsese arrive sur scène pour rendre hommage au grand cinéaste iranien Abbas Kiarostami avec un discours élogieux sur le travail de l’un des cinématographes qui a poussé le 7ème art dans des limites insoupçonnées où l’image et le discours sont indissociables. Martin Scorsese parle de l’œuvre d’un homme qui a su expérimenter les facettes les plus inattendues de la nature humaine mettant l’accent sur la poésie, la joie de vivre, la simplicité de l’existence, les relations humaines au-delà des clivages idéologiques avec cette constance dans la vision d’un monde toujours à réinventer.
Quand arrive Abbas Kiarostami, c’est un autre hommage inversé, de cinéaste à cinéaste pour célébrer la rencontre de deux grands esprits, de deux grands artistes, de deux grands visionnaires dont la préoccupation première est la condition humaine. Abbas Kiarostami parle d’un ami, rend hommage à la simplicité d’un homme, à l’engagement d’un artiste au travail sérieux, d’un cinéaste qui a propulsé le cinéma dans des sphères inédites.
Après cet échange d’amabilité sincère, il fallait laisser place au palmarès proprement dit. Et là, beaucoup de pronostics sont tombés à l’eau. Première grande récompense, le prix d’interprétation masculine qui revient à Daniel Day-Lewis, à coup sûr l’un des acteurs les plus performants de cette époque, récompensé pour son rôle dans The Ballad of Jack and Rose qui nous vient d’Angleterre. Daniel Day-Lewis, en recevant son étoile, parle d’un Maroc merveilleux, d’un Maroc chaleureux, d’un Maroc hospitalier où l’esprit de la culture et de la tolérance ont pris le dessus sur les préjugés. Daniel Day-Lewis, celui qui a interprété des rôles comme « Au nom du Père », « My left Foot » (pour lequel il obtient un oscar). Celui qui a joué dans « The Boxer », « My Beautiful Landrett », « Chambre avec vue » ou encore « Le dernier des Mohicans » et deux grands rôles avec Martin Scrosese dans « L’âge de l’innocence » et « Gangs of New-York ». Daniel Day-Lewis a appelé l’assistance, la famille du cinéma et au-delà les gens, le monde, vous et moi, à plus de tolérance, à plus de dialogues pour communiquer, nous soutenir mutuellement, nous serrer les coudes dans un monde cruel où beaucoup de nos acquis humains ne sont plus que des palabres vides de sens.
Le prix d’interprétation féminine est revenu à Shirley Henderson pour son rôle dans « Frozen », un film poignant sur les valeurs humaines, la lutte pour la survie et le dépassement de soi. Le prix lui a été remis par une icône du cinéma britannique, Terence Stamp.
Le prix du Jury a été décerné ex æquo à deux films qui viennent de deux horizons, de deux cultures très différentes : « Crazy », qui porte bien son nom, qui nous vient du Canada, un film en déphasage sur la dérive, la volonté d’être, et l’espoir renaissant. Le deuxième prix du jury a été attribué à « Bab El Makam » (Passion) de Mohammed Malas et qui nous vient de Syrie. Un film aux allures modernes, encré dans un réflexion sur la tolérance et dans une réelle approche de tous les dangers qui nous guettent et qui sont souvent liés à l’extrémisme et au radicalisme.
Arrive le moment tant attendu pour l’étoile d’or de la 5ème édition. Beaucoup de festivaliers attendaient des films comme « Alex », « A Golpes », « Crazy » ou encore « Chinaman ». Mais c’est finalement le petit poucet du festival, un film kyrgys qui nous vient du fin fond des steppes de l’Asie Centrale. La chronique malheureuse d’un village en perdition, la ronde cruelle de quelques personnages perdus entre la vacuité de leurs vies et l’espoir devant l’inconnu. « Saratan », un film simple, sans fioritures, avec une économie visuelle qui place tous les personnages au centre de la réalité, dans son sens plein. « Saratan », noué autour d’une intrigue simple est une vraie leçon de cinéma, un petit bijoux comme l’a dit Jean-Jacques Annaud. Et le prix, cette étoile d’or tant attendue a été remise au réalisateur par une autre étoile tout aussi brillante, la bellissime Monica Belluci.
Cette 5ème édition du festival de Marrakech a été une réussite à plus d’un égard. Au-delà d’une sélection certes douloureuse, marquée par le sceau de la souffrance et du désespoir, les cinéphiles ont eu droit a quelques moments de grand cinéma avec en prime une palette prestigieuse de grands noms du 7ème art. Vivement la 6ème édition.
