Ce jeune gardien du parking jouxtant le Palais des congrès de Marrakech, qui vit son deuxième FIFM, est ébahi, épaté par cette fantastique fresque de sons, de lumières, de cris, de foule et d¹adulation. Il est tout simplement fier de prendre part, à sa manière, à cette apothéose. Avec un accent nasillard, il proclame son ineffable joie due aux bienfaits de ce festival qui, neuf jours durant, fait de la mythique cité ocre, la capitale du cinéma mondial. « J¹ai comme l¹impression de vivre un rêve. Pour moi le cinéphile, voire ces monstres sacrés du cinéma, ces magiciens de l¹image et du son, ces vedettes adulées dont la seule évocation me donne la chair de poule, est magique et sublime », s¹extasie ce jeune à la trentaine souriante. Dans un subtil mélange de superlatifs pimentés par des formules et métaphores à la sauce marrakechie, ce jeune gardien de parking exprime « cette béatitude » qui lui donne des ailes et lui permet d¹exercer son métier « avec tout à fait dévot ».
Le temps d¹aider une voiture à se garer ou quitter le parking dont il est le maître d¹orchestre, il reprend le fil de ses pensées pour faire la comparaison entre la cuvée 2004 et le must 2005 de ce festival qui confirme l¹ambition du Maroc de se positionner comme terre d¹accueil du cinéma mondial.
Dans la même foulée, cet accroc du septième art, évoque avec une pointe de fierté les retombées non négligeables de cette manifestation qui, avertit-il, « ne doivent pas être cachées par le côté paillettes ».
« Ce forum du donner et du recevoir, profite à toute la métropole du Sud : l¹hôtellerie, la restauration, les taxis, les agences de sécurité, de voyage et de location de voitures ainsi qu¹à tous les commerçants et population de la ville », affirme Ibrahim qui depuis une semaine voit ses recettes quotidiennes augmenter très sensiblement au grand bonheur de sa petite famille.
Catégorique, il qualifie cette manifestation de « bénédiction du ciel » qui dynamise l¹économie de la ville et de toute la région et qui vient consacrer le principe de liberté, de diversité culturelle et de tolérance du Maroc, un Royaume à la civilisation plus que millénaire.
Très fair-play, il a voué avec cet humour propre à la cité ocre, que souvent son épouse ne le croit pas quand il lui confie avoir presque côtoyé un certain Martin Scorsese ou la star française Catherine Deneuve.
« Samedi dernier, j¹ai dit à ma femme que c¹est moi qui ai aidé les membres du groupe Nass El Ghiwane à se garer au parking et que j¹ai longuement discuté avec leur porte-parole Omar Sayed, elle m¹a pas cru, pensant que j¹exagérais pour, peut-être, l¹épater », déplore Ibrahim qui veut que le temps s¹arrête pour que perdure ce festival qui prouve à tous, cette volonté politique affirmée de conduire le Maroc vers la modernité sans pour autant perdre de son identité.
