C'est à coup sûr le point fort de cette cinquième édition du FIFM. Les ateliers des réalisateurs autour de deux monstres sacrés du cinéma mondial que sont Abass Kiarostami et Martin Scorsese sont une grande réussite.
Abass Kiarostami ne pourra nous dire ce que les jeunes réalisateurs en herbe avec qui il a partagé une semaine pensent de ce travail de partage en commun. Lors de sa conférence de presse, il a dit souhaiter « les avoir là avec nous pour qu’ils nous disent ce qu’ils ont vécu pour que je puisse, moi savoir. Mais ce qui est sûr c’est que pour moi, une expérience merveilleuse de travailler avec ces jeunes. J’ai appris, j’apprends toujours sur mon métier. Ce type de rencontre me renvoie à mon travail comme un miroir où je peux lire ce que je fais et ce qui reste à accomplir ». Kiarostami, Palme d’Or à Cannes pour le Goût de la cerise et Grand prix du jury pour Le vent nous emportera à Venise, n’aime le mot enseigner. Il déteste de parler de cours et d’apprentissage comme dans des écoles formatées pour donner des codes aux gens. Il parle de don et de partage, d’expérience entre les gens, des gens de différents horizons pour lire dans l’avenir qui nous appartient à tous. Et c’est là la particularité de ces ateliers, faire se rencontrer des futurs réalisateurs américains et marocains pour échanger des points de vue, communier autour de thèmes communs que sont les arts, la passion de l’image, la création née des préoccupations de chacun selon son milieu, d’où il viennent l’héritage de leurs cultures différentes. Pour Diana, Si Mohamed, Simona et les autres, c’est là le sens d’un travail où l’essentiel est de chercher à se connaître en connaissant nos différences. C’est ce qui fait dire à Martin Scorsese, l’auteur de Taxi Driver, de Raging Bull, de Casino, des Affranchis, de la Dernière tentation du Christ et d’Aviator qu’"Il faut multiplier les points de vue et les approches cinématographiques en donnant les moyens aux cinéastes de parler de ce qu’ils connaissent pour que s’élargisse notre perception du monde ». Il a insisté sur le dialogue entre les peuples où le cinéma joue un immense rôle non seulement de montrer des facettes multiples de la richesse de la planète, mais aussi pour apporter des connaissances nouvelles, aider les uns à s’ouvrir pour accepter les autres.
Pendant plus d’une semaine, c’est ce travail accompli entre deux grands cinéastes et plusieurs jeunes qui a porté ses fruits avec la réalisation de plusieurs courts-métrages durant la périodes des ateliers. Avec cette constance chez Kiarostami de montrer à ces « mais » son travail comme ce magnifique passage sur « les routes d’Abass Kiarosrtami ou alors les images d’un film qui sortira bientôt. Toujours cette disponibilité déconcertante d’un grand homme qui ne sait que donner et pour lequel le cinéma est une chance pour rencontrer l’autre.
Najib Abdelhak