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Marrakech, terre de vie pour la danse universelle

Marrakech, terre de vie pour la danse universelle

Publié le 8 février 2010  |  Culture

CULTURE La 5e édition 
du festival 
On marche s’est tenue avec ferveur dans un climat de restrictions budgétaires. 
En présence 
de compagnies de Tunisie, du Liban, d’Algérie, d’Égypte, de France…

La 5e édition du festival de danse contemporaine On marche vient de s'achever à Marrakech. La Marocaine El Hassania Himmi est de dos, le corps et le visage également voilés. Mains et pieds prennent appui sur un minuscule tapis de sol. Prête à bondir, elle bouge à peine. Son spectacle s'appelle Transhumance. C'est la première fois qu'elle monte sur scène devant un public. Chorégraphie à l'étroit, sobre, exempte de son et presque de gestes, Transhumance dit de manière efficace la situation de la danse contemporaine au 
Maroc. Même impression avec Tellement simple, première expérience de scène aussi pour les Marocaines Meriam Houguig, Ilham Bouamar et Fatima Ezzohra Himmi. Fatima est la sÏur jumelle d'El Hassania dont nous venons de parler. « Je fais des études d'infirmière, nous confie-t-elle, et contrairement à ma sÏur, je suis obligée de danser en cachette de mes parents. Deux sÏurs danseuses, c'est trop pour eux  ! » Chacune danse sa partition sur une aire minuscule. Fatima, les pieds entravés par des cordes, chute au moindre pas. Cette délicate pratique de la danse contemporaine au Maroc se signale aussi par l'accent mis sur le dos comme l'envers contemporain du ventre, ce morceau de choix de la danse traditionnelle. Les bandes-son, elles, surprennent par leur violence  ; bruits d'impacts de balles et d'implosion.

Outre du refus des familles, la danse contemporaine souffre aussi là-bas d'un manque de considération officielle. Cette année, le budget a été considérablement réduit. « C'est une manifestation Doliprane », nous dit son directeur, Taoufiq Izeddiou, qui a présenté une version épurée d'Aataba, avec des danseuses nouvelles venues. Le ministère de la Culture marocain a changé de tête, il y a quatre moi. « Avec eux, c'est silence radio, nous dit Taoufiq. Ils ont refusé, sans motif ni trace écrite, d'allouer une subvention à l'événement. Pourtant, ils ont toujours pris en charge les artistes marocains pour le transport, la nourriture, l'hébergement. On va devoir en être de notre poche qui est déjà vide. » La France, elle aussi, a réduit la voilure d'un bon tiers. Le Service de coopération et d'action culturelle (Scac) a ainsi annulé trois billets d'avion. Taoufiq et Bouchra Ouizguen, tous deux à la tête d'Anania, première compagnie de danse contemporaine marocaine, ne vivent que pour danser. Bouchra Ouizguen met en scène des chanteuses et danseuses du célèbre cabaret marrakchi Madame Plazza, situé à deux pas de chez elle. La chorégraphe invente un autre regard sur ces femmes à la fois adulées et honnies.

« Il y a presque un an, un conservatoire de musique et de danse a été inauguré, nous dit encore Taoufiq. Nous n'avons encore jamais pu y mettre les pieds. » En l'absence de lieux, les artistes se voient contraints de répéter dans la rue, les cages d'escalier ou le salon familial.